À l’occasion du neuvième anniversaire de la disparition d’Abdelkrim Ghallab
- Abdelkrim GHALLAB

- 14 août
- 3 min de lecture
Neuf années se sont écoulées depuis la disparition d’Abdelkrim Ghallab, figure majeure de la littérature marocaine moderne, pilier de la presse nationale et témoin essentiel de la mémoire de la lutte pour l’indépendance. Le 13 août 2017, le Maroc perdait un homme dont la présence intellectuelle, littéraire et politique continue d’éclairer le paysage culturel du pays.
Origines et formation : de Fès au Caire
Né en 1919 à Fès, Abdelkrim Ghallab grandit dans un environnement savant et traditionnel où l’attachement au savoir et à la langue arabe était profondément ancré. Cette atmosphère culturelle lui offre très tôt les fondations nécessaires pour s’engager dans le monde des idées. Dans les années 1940, il part au Caire, alors centre vibrant de la vie intellectuelle arabe. Il y découvre de nouvelles écoles de pensée, côtoie des écrivains et journalistes influents, et s’initie aux méthodes modernes de la presse et de l’analyse politique.
Cette période égyptienne marque un tournant décisif dans sa formation : elle affine sa vision du rôle de l’écrivain dans la société et renforce son engagement envers la cause nationale. Lorsqu’il revient au Maroc, il porte avec lui un projet culturel et patriotique clair. Le journaliste : une plume au service de la nation de retour au pays, Ghallab rejoint le journal Al-Alam, organe du Parti de l’Istiqlal, où il devient rapidement l’une des voix les plus influentes.
Son écriture
À la fois rigoureuse et engagée, elle contribue à structurer le débat public dans une période cruciale de l’histoire du Maroc. À travers ses articles, il défendait : l’indépendance de la décision nationale, la consolidation de l’identité marocaine, la construction d’un État moderne fondé sur les institutions, la diffusion de la conscience politique parmi les jeunes. Pour Ghallab, le journalisme n’était pas un métier neutre : c’était une responsabilité, un acte citoyen, une manière de participer à l’édification de la nation. Le romancier : bâtisseur de la littérature marocaine moderne Abdelkrim Ghallab est également l’un des pionniers de la littérature marocaine d’expression arabe.
Sa célèbre œuvre « دفنا الماضي » (Le Passé enterré), publiée en 1966, dépasse le cadre romanesque pour devenir un document social majeur. Elle décrit avec finesse les transformations du Maroc post-indépendance et les tensions entre tradition et modernité. Son style se caractérise par : un réalisme social profond, une analyse subtile des structures familiales marocaines, une attention particulière aux mutations politiques et culturelles, une représentation vivante du conflit entre générations.
Parmi ses autres œuvres marquantes figurent « المعلم علي» (Maître Ali), autant de récits qui témoignent de sa capacité à mêler narration, réflexion et critique sociale. Le penseur et l’homme politique : un intellectuel engagé au-delà de la littérature et du journalisme, Ghallab fut un acteur intellectuel engagé dans les grandes discussions qui ont accompagné la construction de l’État marocain moderne.
Proche des milieux décisionnels, il n’a jamais renoncé à son indépendance d’esprit ni à son sens critique. Il considérait que le rôle du penseur ne se limite pas à observer : il doit participer, proposer, éclairer et contribuer à façonner l’avenir de sa société. Neuf ans après : que reste-t-il de l’héritage de Ghallab ? À l’occasion du neuvième anniversaire de sa disparition, la question de l’héritage d’Abdelkrim Ghallab demeure centrale.
Ce qui subsiste de lui dépasse largement ses livres et ses articles :une école journalistique fondée sur la responsabilité et l’engagement, un modèle de l’intellectuel national fidèle à ses principes, une vision littéraire ayant contribué à l’émergence du roman marocain, une empreinte durable sur plusieurs générations de lecteurs, d’écrivains et de journalistes.
Se souvenir de Ghallab, c’est revisiter une époque où la plume était une arme, où la parole était un acte politique, et où l’écriture participait à la construction de la conscience collective. Pourquoi son influence perdure-t-elle ? Parce que ses œuvres continuent d’être lues.
Parce que ses idées sur la liberté, l’identité et la justice sociale restent au cœur des débats contemporains.
Parce que sa trajectoire incarne l’exemple rare d’un homme ayant su conjuguer littérature, politique et journalisme sans jamais renier ses valeurs.
Conclusion
Neuf ans après sa disparition, Abdelkrim Ghallab demeure une figure incontournable de la culture marocaine.
Il a vécu pour la parole, pour la pensée, pour la nation.
Son héritage ne s’efface pas : il se transmet, se relit, se réinterprète.
Abdelkrim Ghallab appartient à ces hommes dont la présence dépasse le temps, et dont l’influence se renouvelle chaque fois que l’on ouvre l’un de leurs livres ou que l’on relit l’un de leurs articles
Commentaires